23.04.2008

Chronique du matin

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Le couloir est encore sombre. Pantalon, chemise et le reste dans les bras, je me dirige vers la salle de bain. L'affirmation selon laquelle "je me dirige" ne reflète pas la réalité. A ce moment du matin je ne dirige rien. Essayez d'imaginer un échalas, le visage frippé par le sommeil, serrant ses habits sur un torse engagé dans un processus d'irréversible relâchement, en slip plus ou moins moulant qui se détache sur des jambes blanches et poilues, les pieds nus adhérant au lino, détail qui me rappelle que j'ai oublié mes chaussons dans la chambre. L'habitude me guide jusqu'à la porte de la salle de bain qui est un endroit stratégique. Il est probable que les lecteurs célibataires ne se sentiront pas concernés par ce qui va suivre. A cet instant, je suis encore maître de mon destin. Toutes les options s'offrent à moi. J'ai confusément conscience que je vais devoir choisir et que ce choix ne sera pas sans influence sur le reste de ma journée. Soit je choisis d'occuper, de prendre possession, d'investir la salle de bain, soit je prends la direction de la cuisine. Ce choix, dont vous aurez compris toute l'importance, est comme la clef que l'on tourne et qui va déclencher un mécanisme qui ira jusqu'à son terme sans que l'on puisse intervenir. Le naïf pourrait penser qu'après ces milliers de matins vécus, l'expérience devrait guider nos pas. Que nenni. Le matin est une équation dont les inconnues sont si nombreuses que personne n'est encore parvenu à la modéliser. Je sais que le choix le plus raisonnable est celui de la salle de bain. Vais-je faire le bon choix, vais-je retrouver mes chaussons, aurai-je le temps de me laver les dents?

17.04.2008

Aux pieds de la chaise

 

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Nous voici arrivés jusqu'à la chaise.
Je vous ai gratifiés de deux photos. Celle de ma chaise telle que j'aimerais qu'elle m'apparaisse (à gauche) et celle de ma chaise telle qu'elle m'apparaît chaque matin (à droite). Je suis chaque jour confronté au mystère de la chaise de la chambre à coucher. Je fais partie de ces gens qui n'ont pas d'ordre, quelque soit le domaine d'activité, mais qui n'aime pas le désordre. Alors, quand la chaise disparaît sous les effets divers et variés, je décide de ranger. Il y a la méthode, rapide et définitive, qui consiste à tout mettre dans la bac à linge sale. Pour ce qui me concerne, je procède de façon moins radicale. Par principe, chaussettes et slips sont considérés comme sales. Je ne dis pas qu'il ne m'arrive pas parfois, par étourderie... Pour le reste, j'adopte une méthode faite de bon sens et d'observation, qui repose essentiellement sur mon expertise olfactive, tactile et sur la mémoire. Je dois vous avouer qu'il y a parfois des ratés. Le risque zéro, même en ce domaine n'existe pas. Le tri se fait en trois étapes. Pour une chemise, j'essaye de me souvenir pendant combien de jours je l'ai mise. Si je ne m'en souviens pas j'inspecte le col et les poignets. Si le doute demeure, j'essaye d'évaluer l'intensité des odeurs laissées par l'activité corporelle. Autrement dit, je renifle pour savoir si ça pue la sueur. A la suite de quoi ma chaise est vide. En la regardant, je me dis que pour la maintenir en l'état, il me suffit de ranger régulièrement. Mais sans que je sache comment cela est possible, quelques jours plus tard, ma chaise déborde. Ainsi, le matin dans la pénombre, la connection cerveau-main pas encore établie et voulant prendre ce qui est dessous, j'assiste impuissant à la chute de ce qui était dessus, les pièces tombent une à une du pantalon et terminent leur chute sur le tuyau du chauffage, ce qui finit de réveiller celle qui tentait veinement de croire qu'elle dormait encore. Muni de la tenue du jour, je sors de la chambre et me retrouve dans le couloir. Je procède alors, un peu anxieux, à l'inspection de ma récolte vestimentaire. Il n'est pas rare qu'il y ait erreur de casting. Je retourne dans la chambre, me maudissant, et j'entends une voix qui me dit gentiment "Tu peux allumer la lumière".

16.04.2008

Juste avant

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Voici donc mon oreiller tel que vous pourriez le voir si vous étiez dans ma chambre au moment où je me lève. Vous remarquerez l'empreinte de ma tête et son emplacement qui dénote une utilisation peu rationnelle de la surface disponible. Par contre, vous noterez que mon oreiller se trouve dans un environnement chromatique de bon goût et complète ainsi un camaïeu aux nuances pastelles. 

C'est une voix radiophonique qui vient interrompre mon sommeil. Je sais qu'il me reste un quart d'heure avant que mon pied gauche prenne l'initiative de se rapprocher de son ami le radiateur. Il me reste quelques minutes mais je fais comme si elles allaient durer des heures. Je n'ouvre pas les yeux et je me laisse bercer par la voix. Je m'enroule autour des restes de ma nuit. Je relâche mes muscles et j'oublie mon corps pour quelques minutes encore. Je ne suis plus qu'un esprit qui ne pense à rien, imperméable à ce qui l'attend. Je sais que la fin sera tragique. J'ai conscience qu'il me reste un peu de temps. Je m'étire. Chaque membre de mon corps se manifeste à nouveau. Je les sens s'agiter, surtout le pied gauche, comme si il avait peur que le droit ne le prenne de vitesse. Je résiste encore un peu pour finir par céder. D'une dernière contraction je suis expulsé. J'ai envie de crier "Non, encore un peu, un petit peu!". La chaleur de la nuit se dissipe rapidement. Déjà mon pied droit emboîte le pas du gauche, direction la chaise. 

15.04.2008

Le gauche

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Voici donc le pied gauche dont je vous ai précédemment parlé, la partie de mon corps qui la première prend contact avec la réalité du jour. Il peut vous paraître un peu terne mais après une bonne douche il est pimpant. Vous remarquerez à gauche le radiateur qui comme le dirait mon cousin Jean-Baptiste n'est pas un radiateur de mickey. Cela fait environ quinze ans que chaque matin mon pied gauche se pose à cet endroit, où l'on peut distinguer son empreinte, et jamais, bien qu'il ne soit pas toujours bien réveillé, mes orteils n'ont eu à souffrir de ce premier pas. Comme vous devez vous en douter, ce premier pas est la manifestation officielle de mon réveil, c'est l'acte qui scelle le caractère irréversible du lever, sans espoir de retourner à l'abri de la couette sous laquelle pourtant nous attend la douce chaleur du sommeil. J'ai un dernier regard vers l'oreiller et je me demande souvent ce qui m'empêcherait de me recoucher. Je ne réponds jamais à cette question. Bien sûr le réveil se manisfeste avant l'extraction du corps hors de la couche mais je ne sais pas encore si je vais  vous entretenir de ces manifestations essentiellement corporelles. J'hésite à vous laisser vous glisser dans mon lit.


26.03.2008

Chronique du matin

Vous l'aurez sûrement remarqué, j'aime vous faire partager l'intimité de mes débuts de matinée. Comme pourrait le dire un ethnologue, le matin est un territoire encore méconnu et riche de ses diversités. Le temps qui s'écoule entre les yeux qui s'ouvrent et la clef qui se glisse dans la serrure est un lieu temporel qui me passionne. Cela peut vous paraître exessif, incompréhensible mais c'est un moment de la journée fait de diversités, d'habitudes, de rites, d'odeurs, de manifestations physiques les plus variées. C'est un moment déterminant de la journée. Je vais donc entamer la rédaction des chroniques du matin au cours desquelles je vous ferai partager mon quotidien matinal que, dans la mesure du possible et le respect le plus strict de la morale, j'illustrerai de photos. Nous redécouvrirons ensemble tous ces lieux que nous ne voyons plus à force d'habitude, je vous ferai vivre les aventures, les drames, les plaisirs qui font du matin une expérience unique, je vous aiderai à redonner du sens à tous ces gestes qui vous paraissent anodins, sans intérêt. Je ne manque pas d'ambition mais ce que je veux surtout, c'est que vous sachiez que vous n'êtes pas seuls, que vous preniez conscience que face à l'angoisse du matin et quoi qu'il arrive je serai avec vous.