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27.03.2008

Départ de Jacqueline

Comme prévu, j'ai, ce matin, lu le discours de départ en retraite que j'ai écrit hier. Au cours de sa vie professionnelle, ma collègue a connu des moments difficiles, de souffrance, moments qu'elle a pour partie traversé dans la solitude. En écrivant ce mot de départ, j'ai essayé d'exprimer ma compassion, ma tendresse. C'est ainsi que certains passages étaient teintés de nostalgie. En les écrivant, j'étais persuadé que les seules réactions seraient peut-être des sourires attendris. Mais curieusement, ces passages ont, parmi l'auditoire, provoqué des éclats de rire. Il est vrai que mon texte alterne rire et nostalgie. Je vais essayer de joindre une copie. Je ne domine pas encore toutes les fonctionnalités d'un blog.
Donc voici en bleu le discours. Si son style vous plaît, n'hésitez pas à me contacter et je me ferai un plaisir d'en écrire un pour vous. 

 

                                                   JACQUELINE VA PARTIR


Jacqueline, Jacqueline…je répète à l’envie ce prénom car bientôt je ne le sentirai plus me faire vibrer les cordes vocales. Comme aurait pu le dire notre ami Rocco, ce matin et pour la dernière fois, Jacqueline, je t’ai bien en bouche. C’est un beau prénom et d’ailleurs comme me le faisait remarquer avec justesse Madame Cartel, qui depuis hier me tutoie et qui dans quinze ans me fera la bise, donc comme me le faisait remarquer Catherine, dans Jacqueline il y a line qui rime avec fine, avec féminine, avec piscine, avec cabine, avec pinacothèque  Donc, Jacqueline, si tu permets que je t’appelle Jacqueline, Jacqueline, tu as décidé de nous quitter mais je ne te donne pas tort. Comme le disait fort justement Michel le jardinier, les souvenirs ne sont pas toujours le terreau des regrets.
Comme nous l’a répété à plusieurs reprises Madame Becquet, il était temps que tu partes. Les dossiers et les chemises commençaient à te donner des boutons, de ces boutons dont l’éclosion nous révèle l’aridité des espèces. A croire que seuls les cactus s’épanouissent sur nos bureaux, ce  qui pour certains est une bonne excuse pour ne toucher à rien. Il est des doigts qui, le soir venu, sont vierges de tout piquant. Mais à n’en pas douter, et comme me le faisait si justement remarquer Monsieur Jean, Jacqueline n’est-elle pas à l’image de ces fleurs qui adoucissent le cactus, légères, fragiles dont l’absence avive l’attente mais dont on ne peut, l’espoir nous tenant éveillé, détacher le regard. Oui, sous ses airs bourru et définitif, notre directeur régional est un être sensible, attentif et d’une  rassurante proximité. Mais il sera bientôt temps de vanter ses mérites.
Donc Jacqueline, revenons à toi car j’ai l’impression de t’avoir un peu perdu de vue.
Des souvenirs, nous en avons. Ils ne nous sont pas tous communs, car si nous avons fait un certain nombre de choses ensemble, il est vrai qu’il est des domaines où la communauté n’était pas de mise, allez savoir pourquoi.
Je ne vais pas retracer ta carrière, si brillante fut-elle, car tu n’es jamais restée les deux pieds dans le même bureau. Si le secrétariat général a bien fait son travail, une fois n’est pas coutume comme aime à le dire Annick, pas plus que la moyenne d’après ce qui se dit dans les couloirs, tu as donc fréquenté la DDE, l’AFPA, le GRETA pour un jour te retrouver à la DRFP, au fond du couloir, faisant partie d’un pool dans un bureau plein comme un œuf où le caquetage le disputait à l’étiquetage. Si je résume, il s’agissait de mettre quelques coups de tampons entre deux  poses  café. Il était important d’arriver  suffisamment tôt le matin pour bénéficier d’une chaise. Le point commun entre le travail et le café était le goutte à goutte, ce qui nous permettait d’en apprécier toute la saveur, ce café que nous  sucrions de nos conversations acidulées.

Et puis, sans en prendre conscience, sans en mesurer l’ampleur, flottant dans un bain d’insouciance que certains se chargèrent de vider, la fusion atrophia les corps et mis les esprits en ébullition. Il fallut alors, pour certains parmi nous, du temps pour retrouver l’envie, pour être capable de faire porter son regard au-delà du temps présent. Il a fallu lutter et avoir la force de se souvenir que nous avions été heureux sans le savoir. Nous devions retrouver ce sentiment que nous étions utiles, utiles à quelqu’un, utiles à quelque chose.
Sans pour autant redécouvrir les frissons du désir, nous nous sommes éclatés, ou plutôt on nous a éclaté façon puzzle, ventilé ici et là au gré des couloirs et des bureaux et le temps a passé comme passe les circulaires dont les dernières pages nous restent à jamais inconnues. Nous avons fini par nous retrouver. Comme dirait Annie, tu as eu le nez creux en venant au DPIF.
Et puis Jacqueline, sans  oublier le passé, tu as retrouvé le sourire et d’une légère poussée sur la douce pente qui mène vers la dernière ligne droite, tu t’es laissé glisser jusqu’à ce  dernier jour bureaucratique, satisfaite d’avoir épargné le temps du bonheur.

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