29.02.2008
Silence
Ainsi, pendant longtemps, trop longtemps à mon goût, si je sentais une main se glisser entre mes draps, ce ne pouvait qu'être la mienne. Je fus, du primaire à la terminale, l'heureux propriétaire de deux lits une place, qui ne faisaient pas un lit deux places, un à la maison et l'autre en pension. Dans les dortoirs se succédaient les enfilades de matelas mousse reposant sur des lattes métalliques qui, telles les oies d'un capitole de la chasteté, couinaient dès l'instant où elles décelaient un mouvement vertical, continu et d'une certaine intensité. A la réflexion, cette contrainte n'était pas sans vertu. Elle obligeait le candidat au plaisir à faire preuve de retenue, à découpler vitesse et satisfaction, ce qui lui permettait de découvrir la volupté, récompense de la patience.
A cette époque de solitude, d'incertitude et de peur, mon lit était aussi un refuge, un étroit territoire bordé de précipices et que je voulais inviolable. Une fois les lumières éteintes et les surveillants retournés dans leur tanière, je disparaissais sous les couvertures et m'imaginais à l'abri d'un monde hostile et froid. Je devais refaire surface régulièrement pour assurer le renouvellement de l'air ambiant. Avec l'expérience, j'avais aménagé un système d'aération. Une fois certain de ne pas être surpris par la patrouille, je plongeais, tête la première, au fond du lit et y aménageais une ouverture qui permettait la circulation de l'air. Sans le savoir, j'atteignais là le summum de mes compétences en matière de bricolage.
15:19 Publié dans Saga du lit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.02.2008
Recherche de la première fois
J'ai essayé de me remémorer tous les lits dans lesquels j'ai couché, dormi. Je me souviens de lits dans lesquels je n'ai mis les pieds qu'une seule fois. Curieusement j'ai aussi le souvenir de lits dans lesquels je n'ai pas couché. Il semblerait que je fasse la distinction entre coucher et dormir. "Je te rejoindrai dans ta couche". Cette phrase, lue ou entendue je ne sais plus où, évoque un érotisme terrien dans lequel on se glisse, qui enveloppe nos corps qui se laissent guider par le désir.
Pour les cinq premières années de ma vie, rien. Non que l'on me fit dormir sur le sol, mais je ne dispose d'aucune photo cérébrale d'un lit de cette époque. Tout en écrivant je me dis que le chronologique ne s'impose pas. J'ai connu des lits de bonne et de mauvaise fortune. Quand j'étais petit, je préférais le lit de mes parents au mien. Il était plus grand, il possédait deux oreillers. Il était propice à l'imagination, tendance Jules Verne.
J'ai longtemps fréquenté le lit une place, ce qui se comprend puisque je n'avais que moi à mettre dedans. Si les dimensions du lit une place favorisent la création de fantasmes et de tout ce qui s'y rapporte, il est aussi un rappel permanent de votre solitude. Le lit une place est démoralisant, ne vous laisse aucun espoir puisque lui n'est pas évolutif. Le lit une place qui évolue avec votre libido reste à inventer.
11:32 Publié dans Saga du lit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.02.2008
Quizz
A la dernière note, les lumières s'allumaient et il fallait sortir du lit. J'ai le souvenir d'autres chansons comme "I started a joke" des Bee Gees première époque, "Venus" de Shocking Blue, "Daydream" Wallace Collection, "Que calor la vida" de Marie Laforêt, je me souviens des paroles qui disaient "et Nana sur son ballon rouge", je ne sais pas pourquoi j'ai gardé ça en mémoire. Cette année là, Whole Lotta Love était 97ème au hit parade français.
J'ai juste envie de continuer à émietter ma madeleine musicale que je vous invite à picorer. Il vous suffit de cliquer sur chaque lien et vous aurez un extrait d'une chanson. Si vous écoutez en fermant les yeux et avec un peu d'imagination, vous serez avec moi dans le dortoir, pourquoi pas dans le lit d'à côté. Si vous pétez la nuit, abstenez-vous. Par ailleurs, même si le dortoir n'était pas officiellement mixte, je peux faire des exceptions.
Il y a des chansons qui peuvent faire sourire mais certaines me mettent le bourdon. Ce système d'extraits est parfois un peu frustrant. Si vous trouvez cela amusant, de temps en temps, faites le moi savoir, je recommencerai pour d'autres années. Vous pouvez faire un blind test, ces chansons sont très connues.
Je ne vous ai pas beaucoup parlé de Robert cette fois -ci. Je mets une photo pour vous faire patienter. La légende de cette photo, à part Robert, est "The power came from the music, you didn't notice there wasn't a set." Yeah!
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/aphrodite%20s%20child%20-%20rain%20and%20tears.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Canned%20Heat%20-%20On%20the%20road%20again.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Marie%20Laforet%20-%20Que%20calor%20la%20vida.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/The%20Rolling%20Stones%20-%20Jumpin%20Jack%20Flash.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Jacques%20Dutronc%20-%20Il%20Est%20Cinq%20Heures%20Paris%20s%20eveille.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/bee%20gees%20-%20massachusetts.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Aretha%20Franklin%20-%20I%20Say%20A%20Little%20Prayer.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Simon%20&%20Garfunkel%20-%20Mrs%20Robinson.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites./">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Bee%20Gees%20-%20I%20started%20a%20joke.mp3">http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Shocking%20Blue%20-%20Venus.mp3">http://sites.</a><a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/wallace%20collection%20-%20daydream.mp3">
http://sites.</a>
<a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Michel%20Polnareff%20-%20Dans%20la%20maison%20vide.mp3">http://sites.</a><a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Francoise%20Hardy%20-%20Comment%20te%20dire%20adieu.mp3">
http://sites.</a><a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Giorgio%20-%20Looky%20looky.mp3">
http://sites.</a><a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/Robert%20Charlebois%20&%20Louise%20Forestier%20-%20Lindbergh.mp3">
http://sites.</a><a href="http://sites.estvideo.net/hit.parade/led%20zeppelin%20-%20whole%20lotta%20love.mp3">
http://sites.</a>
<b></b>
06:23 Publié dans Robert et moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.02.2008
Baba
Le leader a ouvert sa valise et Robert m'est apparu sous la forme d'une pochette de disque. Je voyais pour la première fois un disque de Led Zeppelin, le II. C'était une double pochette de carton glacé qui s'ouvrait comme un livre et qui dévoilait le premier chapitre de l'histoire. Tenant à deux mains l'objet ouvert, le propriétaire nous expliqua que le dessin en double page représentait le futur mausolée dans lequel seraient enterrés les quatre membres du groupe. Pas une seconde je n'ai mis en doute ses paroles. Impressionné par le graphisme, par les couleurs et l'aspect démesuré du projet, la nature ridicule et prétentieuse de l'ensemble ne m'effleura pas l'esprit. J'allai découvrir plus tard que cette pochette était à l'image de leur musique. Ma vie de pensionnaire allait me donner l'occasion d'étoffer ma culture musicale. Chaque matin avant de se lever et le soir avant l'extinction des feux, nous avions droit à de la musique. Mon morceau matinal préféré était "Eloïse" de Barry Ryan car c'était le plus long. Les premières notes me réveillaient et je savais qu'il me restait plusieurs minutes encore pour profiter de la douce chaleur de mon lit. A la dernière note, la lumière s'allumait et j'ignorais, tout en les redoutant, les angoisses qui marqueraient ma journée.
15:34 Publié dans Robert et moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.02.2008
La première fois

Nous étions une dizaine dehors à attendre je ne sais quoi. Dans un groupe, même de circonstance comme c'était le cas, se dégagent toujours un où plusieurs leaders. Cette position dans le groupe repose sur des critères plus ou moins identifiés mais qui s'imposent à tous sans qu'ils aient besoin d'être exposés. Je n'ai jamais réussi à être un leader, un winner, un killer mais plutôt un swiver. Ce matin là, puisque c'était un matin, je ne sais pas pourquoi, mais je suis certain que c'était un matin, donc ce matin là, le leader était un élève de cinquième, les cheveux blonds et longs, il avait un frère en première ou terminale et de plus il arborait un pantalon légèrement évasé dans le bas. Dans le groupe que nous formions, il possédait tous les attributs du meneur, dont il pouvait exhiber certains lors des séances collectives de douche. Pour vous donner un point de comparaison, j'étais en sixième, j'avais les cheveux courts, mon père ne supportait pas les cheveux longs, j'étais fils unique et je devais encore porter des culottes courtes et pour ce qui est des douches...
11:18 Publié dans Robert et moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.02.2008
Votre esprit ma plume
Si vous avez quelque chose à écrire, quelque soit le domaine, le sujet, le ton que vous voulez employer, la longueur mais que vous n'en avez pas le temps, pas l'envie ou que vous avez l'impression que vous avez besoin d'aide, je suis là pour vous prêter ma plume, mon amour de l'écriture, des mots et des gens.
Pour ce faire, n'hésitez pas à prendre contact avec moi en m'écrivant un mail. Quelques mots suffisent, nous développerons ensemble. votrespritmaplume@orange.fr19:48 Publié dans Pourquoi ce blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Règles
La saga "Robert et moi" sera composée d'un certain nombre d'épisodes qui pourront, en fonction de mon actualité, être entrecoupés de textes divers et variés sans aucun rapport avec la dite saga. Je ne procéderai pas à un résumé des épisodes précédents qui resteront disponibles, permettant ainsi au lecteur de faire des recherches si nécessaire. Soucieux d'assurer un suivi, je reste à la disposition du lecteur pour répondre à ses éventuelles questions. Vous aurez remarqué le caractère administratif de ce message qui n'a pour seule ambition de fixer les règles afin de rassurer le lecteur. Le lecteur a besoin de sentir qu'une main bienveillante peut, à tout moment le guider. Il n'en demeure pas moins que les règles pourront évoluer.
Je reprendrai le cours normal des choses demain. C'est une phrase qui n'a pas de sens si ce n'est celui de la fuite.
19:15 Publié dans Robert et moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.02.2008
Une main sur l'épaule
"Un matin de semaine. Presque un matin comme les autres. Il n'y pensera pas, il n'en parlera pas. Il regarde par la fenêtre de la cuisine. Les étoiles sont encore là. Elles disparaîtront avec le jour. Il aimerait tant que ce soit un matin comme les autres. Il n'a pas faim. La peur lui coupe l'appétit. Il a le sentiment qu'agir comme d'habitude lui permettra de conjurer le sort. Son esprit lutte avec les pensées, fait le tri et tente de détruire les mauvaises avant qu'elles ne lui parviennent."
Il sort. Le ciel s'éclaircit. Il peut voir l'air qui s'échappe de ses poumons. Cela fait plusieurs jours qu'il attend, plusieurs jours qu'il se fait discret, qu'il fait tout pour passer inaperçu. Il ne peut pas s'empêcher de se demander si il n'est pas devenu lâche. Chaque jour depuis trente cinq ans, ses jambes empruntent le même parcours, enfin presque. L'ancienne fabrique où travaillait son père a été rasée pour faire place à un lotissement qu'il traverse pour se rendre au travail.
Il passe la grille de l'usine. Il pourrait aller jusqu'à son atelier les yeux fermés.
Quelques poignées de mains. Tout compte fait, il aimerait en parler pour se rassurer, pour sentir un peu de chaleur mais personne ne s'attarde. Il rejoint son poste.
La matinée se termine. Il ne sait pas s' il doit se sentir soulagé ou si ces quelques heures passées le rapprochent de l'inévitable. A chaque fois qu'il entend des bruits de pas dans l'allée, il n'ose plus bouger. Il ne parvient pas à imaginer ce que sera sa réaction. Il sait que si son tour arrive, on ne lui permettra pas de revenir une dernière fois pour dire au revoir à ses collègues. Il passera directement du bureau au trottoir.
Il flotte dans le présent. C'est comme si son passé avait disparu, comme si sa mémoire était devenue une gomme, comme si le film de sa vie avait été exposé à une violente lumière. Sa vie est devenue comme si...Un dernier coup de gomme et il disparaîtra avec sa vie.
C'est à peine si il a entendu les pas mais il a senti la main se poser sur son épaule."
Lors de mes trajets pédestres et quotidiens, n'ayant rien de précis à faire, je finis souvent par me demander ce qui nous unit, quel est notre projet commun, qu'est-ce qui fait que nous aurions envie de vivre ensemble. J'arrive toujours à destination avant d'avoir trouvé la réponse. L'actualité fait régulièrement resurgir ce questionnement. La dernière fois c'est en écoutant un reportage qui expliquait que les dirigeants d'une entreprise avaient élaboré un plan social comportant plusieurs dizaines de licenciements, le nom des salariés concernés n'étant connu que des décideurs. Ainsi, chaque jour, on est venu chercher individuellement, à leur poste de travail, chaque personne pour la conduire dans le bureau du drh qui lui signifiait son licenciement. Ensuite, il était dirigé vers son vestiaire et reconduit aux portes de l'entreprise.
Interrogé, Xavier Bertrand déplorait ces méthodes, ce non respect de la dignité humaine. Pour le coup, je ne lui en veux pas, mais j'ai l'impression qu'il réagit comme vous et moi, qu'il n'a pas plus de pouvoir que nous, qu'il ne peut protéger un homme contre la violence d'un monde qu'il a aidé à construire mais qui n'est plus le sien. Serions-nous incapables de défendre la dignité de nos concitoyens? Sommes-nous condamnés à la résignation, à l'impuissance?
17:07 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.02.2008
On y croit
A tort ou à raison, l'avenir me le dira, il est des aventures qu'il faut préparer avant de les vivre. Parfois, cette préparation peut se résumer à peu de chose, à pas grand chose voire à rien. J'ai décidé de lire "Les Bienveillantes". Que l'on ne s'y trompe pas, cette décision ne réclame aucune volonté particulière, je n'ai pas pesé le pour et le contre mais j'ai le sentiment que je ne le lirai pas comme tant d'autres livres.
Ce livre, pour l'instant, repose sur la commode de la chambre. Chaque jour je le vois et le regarde avec bienveillance. Les livres sont pour moi source de plaisir et finissent, un jour ou l'autre, par se retrouver dans mon lit car, pour l'essentiel, je lis au lit. A ce titre, "les bienveillantes" est un cas d'école.
Je vais lire la version NRF, par définition prestigieuse mais encombrante et lourde, donc peu adaptée à la lecture horizontale. Pour tout vous dire, je commence toujours ma lecture en étant couché sur le côté droit puis, si je ne me suis pas endormi avant, j'effectue une rotation, ce qui n'est pas sale, vers la gauche. Ainsi, en début de livre, couché sur la droite, la partie lourde du livre repose sur le lit, assurant un bon confort de lecture. Par contre, quand je passe à gauche, c'est mortel (je sais, c'est idiot mais je n'ai pas résisté). La partie lourde se trouve en l'air et la main droite est mobilisée pour éviter que le livre ne se referme. Pour un livre de poche, je place le pouce entre les deux pages. Là, si je procède de la même manière le livre se referme. Si je mobilise la main gauche pour palier une répartition déséquilibrée de la charge, mon épaule se trouve légèrement décalée ce qui rajoute à l'inconfort. La position couchée à gauche n'est pas sans danger car je finis par m'endormir et ma main droite en profite pour se relâcher. Le livre tombe, se referme sur mon nez et finit par échouer au bas du lit. Je suis réveillé et j'ai perdu la page. Je vais essayer d'illustrer mes propos de quelques photos.
Mon projet concernant "Les bienveillantes" est d'écrire des chroniques pour vous tenir informé de mes impressions tout au long de la lecture. Reste à savoir si ce projet deviendra réalité. J'ai aussi envie de vous parler de mon lit.
12:03 Publié dans lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.02.2008
Après...le déluge
Depuis quelques temps, je m'interroge sur le sens, la valeur de cette responsabilité brandie comme un étendard. Il y a quelques jours j'ai lu deux informations qui ont relancé ma réflexion sur le sujet. Les deux gouvernements du précédent quinquennat avait pris, devant le peuple français, d'une part l'engagement de rénover un certain nombre de chambres d'étudiants et d'autre part, priorité nationale, de développer une politique en faveur des personnes handicapées. Les bilans concernant ces deux engagements ont montré que la moitié des chambres qui devaient être rénovées l'ont été et que compte tenu de l'absence de plusieurs décrets d'application, la loi concernant les personnes handicapées ne peut que partiellement être mise en application, sachant qu'au cours des neuf derniers mois, la situation est restée en l'état. Nous pouvons supposer qu'il y a d'autres exemples puisque un certain nombre de lois ne donne jamais lieu à décret.
Quelle est la responsabilité des femmes et hommes politiques qui se sont engagés? Certains font partie du gouvernement actuel, d'autres sont des élus de la République. Nous savions qu'ils n'étaient pas coupables, pouvons-nous dire qu'il ne sont pas responsables ou que c'est nous, citoyens, qui sommes irresponsables?
16:17 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


